Propos sur la notion d’intérêt général

Propos sur la notion d’intérêt général.

Les électeurs brestois ont voté. Les nouveaux élus se mettent en place. Les conseillers de quartiers vont reprendre leur activité, après une courte période d’arrêt, consentie pour laisser respirer et s’exprimer la démocratie locale.
J’ai mis à profit ce moment de pause pour faire le point et revisiter les fondements qui organisent les actions des conseillers ; je me suis arrêté sur deux documents techniques édités à un an d’intervalle : la charte des relations entre les acteurs de la démocratie participative (novembre 2006) et le compte rendu de la réunion générale des six conseils de quartier (novembre 2007). J’y ai recherché, la récurrence de la notion d’intérêt général qui doit habiller l’idée de démocratie locale et habiter l’ambition citoyenne des conseillers, au moins pour les quartiers où ils agissent. Dans le premier document, j’ai repéré deux fois le terme
« intérêt général » et du deuxième, il est absent.
En portant son attention sur les finalités et objectifs de la charte
(page 5), on pourra noter que les conseils des quartiers participent à la construction de l’intérêt général ; par ailleurs, dans le paragraphe consacré aux élus (page 8), il est indiqué que ceux-ci sont garants de l’intérêt général. Voici donc une notion qui est « à construire » et « à garantir ».
Voilà – me semble-t-il – deux points de vue forts éloignés. Comment d’un côté, fédérer tous les savoir-faire et les usages des quartiers, dans l’optique d’une construction commune ? Comment de l’autre, distinguer a priori un intérêt général à garantir par les élus et les intérêts plutôt particularistes défendus par les habitants ? Ceci appelle à la réflexion.
Aurions-nous là deux directions opposées, celle de la construction qui serait horizontale et celle de la garantie présentée comme verticale ? Qu’elles seraient alors les limites à fixer pour que, par un processus commun, les intérêts particuliers des habitants se fondent dans l’intérêt général des élus ?

Des réponses apparaissent partiellement en filigrane dans la rubrique « concertation » de la charte (page 15) où l’on peut, y lire toute la complexité de cheminer vers un construit qui susciterait la plus grande adhésion et, y entrevoir une indispensable « pédagogie de l’intérêt général », sans doute à développer.
Ce n’est pas toujours reconnu mais la notion de l’intérêt général est aussi affaire de priorités et de conflits ; l’intérêt général induit pour l’élu, un rôle essentiel d’arbitre : il doit là faire en sorte que le quartier et la ville fassent société.
Au fil de mes rencontres, j’ai bien vu qu’il y avait une sorte de mythologie de l’intérêt général qui porteur de valeurs républicaines, se pare au gré des interlocuteurs, en intérêt « commun » ou « collectif » , sans doute pour mieux faire ressortir des attentes et des réalités.
Je crois que ces variables traduisent aussi une certaine forme de citoyenneté qui admet la contradiction, le débat et les droits individuels. Par exemple en donnant la priorité au droit du plus faible au nom de l’intérêt général.

Le compte rendu des travaux des conseillers de novembre 2007 est révélateur, pour peu que l’on s’y attache, de l’existence d’une vraie démocratie locale participative qui a initié par étapes successives, les citoyens brestois volontaires à une participation aux décisions et à leur validation. Reste l’immense problème que posent les non volontaires, convaincus que la citoyenneté est une posture passive et n’est pas le fruit d’un apprentissage et d’une démarche consciente et responsable.
Il m’apparaît alors que la notion d’intérêt général devrait être clarifiée, à tout le moins dans un premier temps parmi les acteurs de la démocratie participative, thème qui aurait pu « dû ? » faire l’objet d’un atelier spécifique à côté des quatre autres montés pour la réunion de novembre 2007.

Je plaide pour la présence d’un atelier « intérêt général », à l’occasion d’une prochaine rencontre plénière des Conseils de quartiers. Les conseillers de quartier sont par devoir des promoteurs de l’intérêt général.
Guy Crissin - vice président du CCQ Rd

Mis à jour : mercredi 23 avril 2008

©© participation-brest, article sous licence creative common info

Répondre à cet article