Les 30 ans du Centre Breton d’Art Populaire

Quelques éléments de la vie de ce centre où sont passés depuis 1977 des milliers de Brestois et d’habitants du pays de Brest à travers le discours de son président Bernard Fily prononcé le 25 mai à l’Hotel de ville de Brest.

un discours publié ici pour donner à voir quelques éléments de cette histoire qui nous concerne tous et qui trouvera bientôt des prolongements dans des pages de l’encyclopédie du pays de Brest wiki-brest

Monsieur Le GUERN,
Mesdames, Mesdemoiselles, Messieurs,

Je voudrais vous remercier, M. LE GUERN, et à travers vous, remercier M. le Maire et la municipalité, pour votre accueil, tout d’abord, et aussi pour votre fidèle soutien au CENTRE BRETON d’ART POPULAIRE depuis sa création, en novembre 1977.

Permettez-moi de rappeler à ce propos quelques moments et quelques noms qui auront marqué ces 30 ans d’existence. Mais que me pardonnent d’avance toutes celles et tous ceux que je vais oublier de citer et qui ont aussi pris part à l’histoire du CBAP. Je vais être incomplet, donc injuste…

En ces années-là, Brest avait pris un coup de rose, joliment agrémenté de gwenn ha du, pardon, de blanc et noir. Et c’est sous ces couleurs qu’un projet un peu fou voit le jour, soutenu par des élus convaincus de son avenir et de sa nécessité, Ronan LE PROHON, Gaby LE BOT, Armand KERAVEL, Jean ROSMORDUC. Après trois années de cours éclatés d’un centre social à une maison de quartier, mais avec toujours un pied à la MPT de l’Harteloire, voilà trouvés rue Victor Hugo des locaux loués par la municipalité et mis à la disposition du CBAP. Le maire, Francis Le BLE, les inaugure en février 1980. La petite équipe administrative et quelques enseignants vont s’y installer pour 13 ans, avec de la passion, de l’ambition et les moyens du bord.

En 1993, ce n’est pas le grand dérangement, mais le Centre Breton émigre rue Marengo, à au moins … 500 mètres à vol d’oiseau, dans les locaux actuels, plus fonctionnels et, disons-le, plus accueillants. C’est Pierre MAILLE, qui en confie officiellement les clés à Pierre Yves MOIGN, et c’est aussi Pierre MAILLE qui présidera la cérémonie officielle, dans ce même salon, du vingtième anniversaire du Centre Breton, 4 ans plus tard.

Mais n’allez pas croire que le CBAP ne fait appel aux responsables municipaux que pour les grandes occasions (ou les demandes de subvention) : c’est d’une relation au long cours qu’il s’agit, au gré de conseils d’administration ou de rencontres ponctuelles, lorsque la situation s’y prête ou le demande. Vous le savez bien, M. LE GUERN, vous qui nous accompagnez aujourd’hui avec Laurence LANDRY, après les personnalités que j’ai citées plus haut, ou plus récemment, Jean Marie GARRIGOU-LAGRANGE, Hélène JAFFRES, Jean GUEGUENIAT.
Nous revoici donc, aujourd’hui, pour souffler 10 bougies de plus. Et durant toutes ces années, conformément à un principe clairement affirmé dès l’origine, la municipalité, sans chercher à l’encadrer, a aidé le Centre Breton à remplir la mission qu’il s’était fixée.

Mais je serais impardonnable de ne pas souligner aussi le soutien que le CBAP a reçu et reçoit du Département et de la Région, car l’activité du CBAP s’inscrit dans les schémas culturels du Conseil général et du Conseil régional, l’un et l’autre soucieux de la préservation et de la transmission de notre si riche patrimoine breton. Pour reprendre le titre d’une belle initiative mise en place il y a deux ans par le Conseil général, le CBAP fait lui aussi partie des Quêteurs et Passeurs de mémoire (Klaskerien ha Treizherien sonjoù).

Je vous disais de la création du CBAP que c’était un projet un peu fou. Oui, peut-être… Comment pouvait-on en effet penser que cette greffe prendrait à « Brest mêm’ » ? A Brest dont on a si souvent dit que ce n’est pas vraiment une ville bretonne !

Et pourtant… En 1947, trente ans plus tôt, se créait dans le quartier Saint Marc l’un des tout premiers bagadoù … du monde. Plusieurs musiciens de la Kevrenn seront parmi les premiers enseignants du CBAP. Depuis, la Kevrenn Saint Marc a essaimé : on voit et on entend maintenant fleurir des sonneurs chaque printemps à Brest ! Au fait, bon anniversaire, la Kevrenn, et à demain sur la terrasse de la Carène !

Et pourtant… en 1969 s’ouvrait à Brest le CRBC, aujourd’hui une référence. Son directeur, Donatien LAURENT, sera, avec Chantal GUILLOU, l’un des ardents défenseurs de la création du CBAP.

Et pourtant… -mais il faut porter votre regard vers la côte nord- cette même année 1977 s’ouvrait près de Brest, à Ploudalmézeau la première école DIWAN … du monde. Salut amical et breton donc à cette école qui fête son 30ème anniversaire … demain.

Et Brest, depuis belle lurette, se peuplait d’habitants issus des communes rurales voisines ou plus lointaines.

Il y avait donc un terreau, il y avait donc des compétences, il y avait donc un public. Et je ne peux résister au plaisir de citer ici la fière et définitive formule citée en tête d’un article de l’Ouest France du 7 mai 1978, annonçant l’ouverture prochaine des cours du CBAP. « L’art populaire breton deviendra urbain ou il cessera d’exister. » Est-elle cette formule, de René ABJEAN ? de PY MOIGN ? L’article la leur fait prononcer en duo.

Plutôt que d’un projet un peu fou, il faudrait donc parler d’un projet ambitieux.
Ambitieux dans son organisation, ambitieux par l’étendue des domaines embrassés, le CBAP se voulait à la fois une école et un centre de recherche et d’information dédié à la musique, bien sûr, mais à d’autres formes d’art : la danse, l’art dramatique, les arts plastiques, la littérature même.
Il ne suffisait pas de donner des cours, il fallait donner aussi matière à améliorer les connaissances, à réfléchir, à échanger, pour rendre cet enseignement et ces connaissances accessibles au plus grand nombre, pour faire évoluer et faire vivre cette tradition culturelle et artistique bretonne.

Il y eut donc un fonds documentaire de livres, de disques, de films ;

il y eut des séries de conférences, comme ces rencontres sur le thème « Arts traditionnels et société contemporaine », avec des invités – excusez du peu - comme P.J. HELIAS, J. MARKALE, D. LE COUEDIC, des directeurs de recherche du CNRS, des professeurs d’université, des architectes, des urbanistes, et même un jeune sociologue du nom de Pierre BOURDIEU ;

il y eut aussi, plusieurs années durant, un concours interceltique de composition pour cornemuse solo ;

il y eut l’édition de la méthode de cornemeuse de Gilles GOYAT, de pièces pour harpe celtique de Muriel CHAMART-BOIS ;

il y eut Kristen NOGUES, Jacques PELLEN, Alain PENNEC, GLENMOR, Christian LEMAITRE, Jakez PINCET, Patrick MOLARD, Soig SIBERIL, Jean Michel VEILLON,GWERZ, CABESTAN, BLEIZI RUZ, KANERIEN LANGAZEL…

il y eut …

il y eut plus de 10000 adhérents en 30 ans ;

il y eut, il y a encore la plus importante école de musique associative de Bretagne, de France même ;

il y eut surtout, il y a encore des femmes et des hommes connus et moins connus qui ont cru et qui croient encore à cette aventure.

Justement, parce que je ne veux pas jouer la vedette de cette soirée, je vais me permettre d’inviter à nous rejoindre, M. LE GUERN et moi, des gens qui ont laissé leur nom dans la vie, petite ou grande, de cette association.

Tout d’abord, j’aimerais voir réuni à nouveau un trio qui apparaît souvent dans les journaux de l’époque de la création :
PY MOIGN, R. ABJEAN et Gaby LE BOT.
Maintenant, les deux directrices qui ont succédé à PY MOIGN :
Agnès DAUNEAU et Marie OSTER.

Et puis, les présidents successifs – je me sentirai ainsi moins seul- :
R. ABJEAN, William PESCE, Paul PERSON, Gilles GOYAT, Gwenael RENARD, Marie Thérèse PIGEON, AC ROUDOT, Lukas GUILLOU.

Pour conclure, si, parmi les idées ambitieuses des créateurs du CBAP, il me fallait en choisir une, ce serait cette volonté d’ouverture, que vous avez souligné vous aussi, M. LE GUERN. Je vais citer ici des propos de PY MOIGN recueillis par Alain KERVERN pour Le Peuple Breton : s’intéresser aux arts traditionnels, faire de la musique traditionnelle, « ce n’est pas se refermer sur soi-même, c’est chercher des parentés avec d’autres cultures, en fonction d’un centre de gravité qui est notre patrimoine artistique ».

Le programme de notre fête de demain à la Carène est à l’image de cette volonté d’ouverture.

De talentueux représentants de notre « patrimoine artistique », certes, LOENED FALL, Noluenn LE BUHE, Annie EBREL, la KEVRENN SAINT MARC, Erik MARCHAND, mais qui savent aussi actualiser ce patrimoine, de façon parfois étonnante comme DAVID PASQUET GROUP, DJ BLUE.

Et puis des musiciens d’ailleurs, l’un juste de l’autre côté de la frontière bretonne, Gilles CHABENAT venu d’Auvergne avec sa vielle à roue, d’autres de très loin, comme ces joueurs hindustani de shennaï et de sitar.

Sans oublier ceux qui sont l’essence du Centre Breton, les enseignants et les élèves qui se présenteront devant vous avec leurs groupes et en divers ensembles.

Allez, on peut vous l’avouer,

nous sommes assez fiers de cette programmation,

nous sommes assez fiers de l’affiche (Merci, Christophe Hudelot !),

nous sommes assez fiers de prolonger, à notre façon, l’esprit des créateurs du CBAP.

Bevet Kreizenn an Arzoù Pobl !
Bonne soirée à tous et à demain.

Mis à jour : samedi 26 mai 2007

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