l’elasticité sociale

Propos sur la charte de relation des acteurs de la Ville

La charte a été construite sur 6 piliers (principes fondateurs), il en existe un septième, le principe d’élasticité.

L’élasticité sociale

La collectivité brestoise n’échappe pas aux profonds changements qui secouent la société française : l’incertitude est devenue une forme sociale qui signe une incapacité à penser toujours la complexité qui nous entoure. Pire, nous faisant nous retourner vers un âge d’or plus ou moins imaginaire, l’incertitude génère de la déploration et même de l’inquiétude qui tend alors à minorer ce qui est proposé de nouveau.

Le processus de fragmentation qui à l’œuvre dans différents domaines de la vie sociale ne doit cependant pas masquer les recompositions qui se mettent en place. Loin d’avoir disparu, l’action collective se manifeste autour de nouveaux enjeux et de nouveaux acteurs : le Conseil Consultatif de Quartier (CCQ) en est une expression originale.

« Petit nouveau » à l’échelle sociale nationale, le « CCQ » n’échappe pas, lui aussi, à l’incertitude ambiante ; j’en ai été le témoin dernièrement. Ici c’est l’incertitude du temps qui fait se replier sur le présent tant l’avenir est lourd de menaces ; là c’est l’incertitude normative qui caractérise l’individualisme de masse. Ce double processus travaille aussi la noble dimension de la participation aux institutions et à la vie locale.

Le « je » s’émancipe du « nous »

Au fur et à mesure où les moyens techniques de toutes sortes incitent à soutenir le destin personnel, le je autonome, qui veut être auteur desa vieévolue face à une collectivité qui elle, tend à amoindrir, dans quelques domaines, son rôle d’opérateur économique et social. La multiplicité des situations rencontrées rend alors les règles plus floues et plus instables.

Cet état de fait place évidemment les individus en situation anxiogène : Il est contradictoire de vouloir plus d’autonomie en même que plus de protection sociale.
La grande mutation en cours, c’est que « je » en voulant maîtriser le temps, instaure et généralise le règne de l’urgence ; une urgence qui renvoie à un « temps social raréfié » et à un modèle où la vitesse se substituant à la réflexion crée une illusion de maîtrise par le l’instantanéité.
Pas besoin d’être grand clerc pour en déduire que l’instantanéité appliquée aux relations rend quasiment impossible la capacité de s’engager et de vivre des valeurs de long terme ; c’est connu, le degré d’affectivité ne prend de la force qu’avec le temps.

Une charte pour les CCQ de Brest

La généralisation du procédé contractuel - dans l’élaboration et la mise en œuvre de l’action publique - est une évolution du système normatif. La contractualisation reste pour le moment la technique qui permet de gérer la complexité, le temps et l’incertitude sociales.
Les « CCQ » en adoptant pour l’action, une charte (une procédure définie au préalable), ont valorisé l’autonomie pour qu’elle s’inscrive là où elle a sa place.

La charte qui canalise l’autonomie des acteurs volontaires en les investissant de nouvelles responsabilités, donne une consistance malléable à la vie sociale, en précisant aux conseillers des quartiers le possible des vecteurs de mobilisation (information, concertation, initiative..), ajustés par domaines d’engagement et souvent cadrés en temps, par des calendriers.
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D’une certaine manière, la géographie d’actions des « CCQ » est dessinée mutuellement. L’espace ainsi créé par le système mis en place et les possibilités des acteurs, prend la forme d’une même réalité malléable et coercitive.
Bien entendu, cette élasticité est différemment souple selon les groupes concernés, les contextes et les trajectoires de chacun. Les acteurs des CCQ ont ainsi, face à ce différentiel d’élasticité, des marges très différentes d’action. Cependant, pour tous et à tous les niveaux, l’action sociale reste indissociablement contraignante et résistante.

C’est bien cette élasticité sociale – spectrogramme des limites des possibles - qui rend l’être ensemble continuellement vivant au CCQ.

Il est tenu pour assuré que sans elle, la durée de vie des CCQ serait fortement réduite.

CG

Mis à jour : jeudi 8 mars 2007

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