Le Conseil Consultatif de quartier, outil de citoyenneté

(extrait d’une conférence-débat qui a été proposée le 20 octobre 2006 à l’UNESCO à Paris, pour un auditoire composé de lycéens et d’anciens combattants , dans le cadre d’une réunion intergénérationnelle citoyenne).

Extrait de l’intervention

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C’est un membre de Conseil consultatif de quartier de la ville de Brest, qui va maintenant aborder d’une autre manière, le thème de notre conférence-débat autour de la notion de citoyenneté....

Texte

Je vais introduire mon propos par deux questions qui sont liées et que l’on pourrait légitimement se poser : En quoi le conseil consultatif de quartier est-il un outil de la citoyenneté et de quelle citoyenneté s’agit-il ?

Je reviens quelques instants sur le statut juridique de la citoyenneté (droits civils et libertés essentielles ; droits politiques et droits sociaux) et les rôles - déjà évoqués aussi - que peuvent jouer les citoyens. Il m’apparaît que la citoyenneté ressortit souvent du registre théorique dans les têtes les plus jeunes et dans celles des exclus.
La citoyenneté se définit pourtant comme la participation de tous à la vie de la cité.

Mais je note que le citoyen n’a pas - bien sûr - de rôle obligatoire à jouer ; le statut du citoyen est un statut de liberté, chacun peut dans la vie publique choisir d’être passif ou actif.

C’est évidemment sur cette dernière posture que je vais centrer mon propos.

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Etre citoyen, c’est en effet jouer un rôle important, au quotidien, là où l’on est. C’est donc agir dans sa cité.

Le citoyen, c’est l’habitant du quartier pourvu qu’il ait des attaches et des intérêts dans le quartier.

Je caractérise cette citoyenneté quotidienne par trois valeurs prégnantes : le civisme, la solidarité et la civilité,
« Faire du civisme », c’est avoir un comportement volontariste et agir pour que l’intérêt général l’emporte sur les intérêts particuliers,
« Etre solidaire », c’est avoir une attitude d’ouverture aux autres, travailler sur un projet commun et venir en aide aux plus démunis, directement ou par le biais de politiques publiques.
« Pratiquer la civilité » c’est avoir de la considération pour les autres - au nom du respect de la dignité de la personne humaine - et faire preuve de respect à l’égard des bâtiments et lieux publics.
Les praticiens de la civilité expriment là, leur volonté de reconnaissance mutuelle et de tolérance, deux qualités - à mes yeux - indispensables à l’harmonie du quartier, de la ville et de notre société toute entière.
Certains les voient comme les deux piliers du vivre-ensemble.
Elles sont des valeurs qui donnent du sens à la citoyenneté et ne la limitent pas au seul droit de vote. Je ne reviens pas sur « l’abstention, indicateur du désintérêt des citoyens pour la vie publique », tout a été dit sur le sujet, il y a quelques minutes.

Je voudrais avec votre permission, mettre l’accent sur deux caractéristiques fortes qui menacent le concept même de citoyenneté en lui nuisant gravement : le manque de savoirs et les incivilités.
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En introduction à ce débat, l’intervenant a - à juste raison - lié l’accès aux savoirs et la pratique de la citoyenneté : « La citoyenneté va de pair avec la construction de la mémoire de notre histoire nationale ».
Je l’ai entendu, il a souligné devant vous que le savoir fait parti de notre identité de citoyen. Les mémoires locales y concourent donc et pour forcer le trait, je souligne de plus, que lire est un acte citoyen.

Le savoir donne des armes à la citoyenneté.

Le sens - comme le savoir - n’est pas donné d’avance, il se construit à partir d’une culture, d’un ensemble de valeurs et de représentations trempés au sein d’interactions sociales. Nous savons bien que la culture s’égare sans le savoir et que le savoir sans la culture est impuissant.

La citoyenneté est évidemment la manifestation de notre identité commune ; c’est une démarche évolutive qui ne se conquiert que par son exercice.

Pour devenir citoyen, il faut agir en citoyen.

Les incivilités remettent en cause à des degrés divers, le bon fonctionnement du quartier et de notre société ; elles sont perçues comme un défi à l’ordre public et sont génératrices, à tout le moins, du sentiment d’insécurité voire de la peur de l’insécurité. Elles bloquent les velléités d’échanges entre les habitants et mettent de la défiance entre les citoyens.

L’incivilité notion complexe duale englobe à la fois des infractions et des comportements gênants qui ne sont pas pénalement sanctionnés : Ils bousculent cependant les règles élémentaires et consensuelles de la vie sociale qui permettent la confiance.
L’acceptation classique de l’incivilité doit à mon avis, être revisitée face à une société qui bouge beaucoup et vite et qui a besoin de retrouver de l’unité.

L’éducation est assurément la clé de progrès de la citoyenneté. Si l’école demeure une plateforme capable de créer du lien social entre les groupes idéologiques et sociaux différents, plus récemment, cette qualité « d’outil d’éducation et de liaison » a été dévolue aussi au Conseil Consultatif de Quartier.
Le Conseil dont je suis membre est situé à Brest. C’est sur cet apport nouveau de la démocratie de proximité que je voudrais m’attarder un peu.

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La loi de février 2002 dite loi Vaillant a donné naissance aux Conseils Consultatifs de Quartiers.
Ce regroupement d’habitants volontaires est devenu en quelques années le centre d’une conscience citoyenne qui a pour grandes visées : l’amélioration de la gestion locale en associant les habitants, tous les habitants ; le développement et dans certains cas, la reconstruction du lien social ; l’approfondissement de la démocratie.
Rejoindre le Conseil Consultatif de Quartier, c’est tenter de faire évoluer son propre environnement, voire d’influencer la politique locale. Nous sommes là assurément dans le domaine de la citoyenneté.

La prise en main de ces objectifs fournit les bases pour acquérir un savoir en acte « le savoir usager ». Il est indispensable cependant que cette démocratie participative, génératrice de citoyenneté de proximité s’ouvre et s’étende à un ensemble plus large. Il faut ainsi, impérativement, sortir de son quartier et s’ouvrir à sa ville et sans doute à un ensemble plus large, sous peine d’aboutir à un effet contraire néfaste : le repliement sur soi qui est naturellement une posture opposée à celle de la citoyenneté.

Les conseillers de quartiers, acteurs de la proximité, ont alors le devoir de s’approprier des fondamentaux qui doivent leur permettre de réussir ensemble : faire confiance (pour aborder sereinement le débat), travailler de manière contractuelle (après avoir créé une charte consensuelle locale - véritable contrat de citoyenneté) et enfin, apprivoiser la notion de conflit (pour débattre, échanger tous les points de vue et enrichir le projet par consensus en donnant valeur à la parole de chacun).

Il s’agit là, d’une part, d’instaurer le Conseil de Quartier comme lieu institutionnalisé de partage de pouvoirs, de prise de paroles, de dépassement des conflits, de décision et de solidarité, mais d’autre part, d’établir l’habitant du quartier comme citoyen qui cherche à « s’approprier » un espace d’unité qui se construit - au fur et à mesure - avec lui et pour lui.

Le conseiller de quartier participe à la construction d’une citoyenneté équilibrée et partagée.

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Nous arrivons au moment des questions, mais accordez-moi encore quelques minutes d’attention.

Je souhaite vous voir repartir de l’auditorium, porteurs d’une définition complémentaire et actualisée de la citoyenneté.
L’égalité est une caractéristique essentielle de la citoyenneté ; un des intervenants a déjà abordé ce thème, il y a quelques minutes.

Voilà donc une valeur du cœur de la citoyenneté qui est bafouée ; nous voyons et ressentons que l’exercice de l’égalité vécue sur le terrain, n’est pas convenable : je pense en particulier à la « mélasse des désespérances » composée de pauvreté, d’exclusion et de précarité.
Ces anomalies qui emplissent nos cités rompent bien souvent le lien social. Elles portent atteintes à la citoyenneté effective, en remettant en cause la participation du plus grand nombre et en affaiblissant la cohésion sociale.

Face à ces situations qu’il faudra bien faire disparaître, je vous propose une définition complémentaire :

Etre citoyen et membre d’un Conseil de Quartier de quartier, c’est se doter de la faculté d’inventer du supportable pour chacun et de donner la possibilité aux habitants d’être acteurs dans leur cité, en mettant en place de « l’opératif » pour tous.

Guy Crissin

Mis à jour : samedi 18 novembre 2006

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