L’Amitié sociale

Le lien social a sa propre recette, c’est un mélange complexe d’instinct cohésif, de calcul intéressé, de besoin de reconnaissance, de dévouement et d’amitié, mais aussi d’autres vertus que façonne un tour de main éprouvé.

Les Conseillers des quartiers mais aussi les habitants seraient les artisans d’une gastronomie authentique du « vivre ensemble » ? des adeptes de la « réaction de Maillard » de l’amitié, phénomène chimique fondamental qui engendrerait des composés succulents divers : bienfaisance, respect, considération, justice et courage.

La question qui se pose à tous, ne me paraît plus être, comment recréer le lien social ? mais plutôt, comment ne pas le dé créer ? ou comment ôter les ingrédients qui font obstacle à la réussite de la recette ?

Nos amies conseillères de quartiers et habitantes, talentueuses cuisinières, savent combien le temps donne du corps et de la saveur aux plats. Au Conseil de quartier, la façon dont nous prenons du temps ensemble paraît essentielle à la consistance du lien social. Nous avons conscience que tout ce qui nous enferme dans l’instant nous coupe des autres, tout ce qui nous renvoie à la durée nous relie à eux.

Le Conseil Consultatif de Quartier de la Rive Droite a maintenant une histoire. Il a posé des règles communes qui sont liées à son besoin et à son rythme ; avec elles les conseillers s’insèrent dans le temps et créent par là-même du lien social, en développant des expériences qui sont naturellement unitives.
Comme le chef cuisinier, derrière son piano, le conseiller « sent » le quartier autour de lui et tous les deux savent que le bon savoir se développe avec une attitude de sympathie autour de leur « objet ».

Ce qui fait comprendre la cuisine et le quartier, c’est l’amitié.

L’amitié sociale - il s’agit là d’une disposition positive envers les habitants du quartier - est à la fois un moyen et une fin. Un moyen - et sans doute le premier - de faire « exister » le quartier ; un but essentiel pour faire « subsister » la vie en commun.

Comme partout ailleurs, la Rive Droite n’échappe pas à la règle : le quartier et le conseil de quartier pèsent rapidement si les acteurs n’éprouvent pas (ou plus) la moindre amitié pour les habitants.

D’un côté, notre cuisinier à l’œuvre - applique un précepte du grand Curnonsky - « les choses sont bonnes quand elles ont le goût de ce qu’elles sont » ; de l’autre, le conseiller s’efforce de stabiliser avec prudence son émulsion - « il n’y a pas de communauté sociale et vivante sans une certaine communion cordiale ».

Aucun des deux cependant n’oublie que la reconnaissance est l’ingrédient vraiment indispensable à la réussite des recettes.

Le cuisinier comme le conseiller de quartier comme les habitants ont besoin d’assurance et d’approbation quant à leurs réalisations ; ils ont besoin de se sentir utile et de se sentir justifié. Ils ont aussi besoin que d’autres les trouvent aimables et prennent du plaisir à les côtoyer.
L’amitié sociale c’est comme une mayonnaise. Elle tourne parce qu’elle « flocule ». Cette catastrophe survient soit parce que les ingrédients sont trop froids, soit parce que l’émulsion n’est pas équilibrée.

Mais c’est bien sûr rattrapable !
CG

Mis à jour : jeudi 2 mars 2006

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